Informatique

Maroc et internet : l’émergence du cyber-activisme

 

L’année 2008 est l’année par excellence de l’émergence du cyber-activisme au Maroc. L’affaire du blogueur Erraji, emprisonné et libéré par la suite, à cause de son article critique contre le roi, marque un nouveau tournant dans la dynamique de défense des libertés numériques au Royaume. Analyse. 

1995 était la date de connexion du Maroc au réseau internet. 2008 est sans conteste l’année de l’émergence du phénomène de solidarité et de mobilisation sur le réseau pour la défense des libertés numériques e la lutte contre la censure électronique. 

Le déclic du cyber-activisme était, certes, d’autres affaires liées à la censure d’internet au Maroc, tels que l’interdiction d’accès à Google Earth, Youtube, Live,Journal et les sites du parti islamiste non autorisé « Justice et Bienfaisance ». L’affaire aussi du premier prisonnier de Facebook « Mourtada », qui a créé un faux profil du frère du Roi sur ce réseau, a marqué un nouveau pas dans cette dynamique de solidarité en ligne. 

Cependant, l’affaire du blogueur Erraji, qui a été emprisonné suite à un article critique sur la politique sociale du roi en septembre 2008 , marque un nouveau tournant dans le processus de cyberactivisme. Et pour cause, cette affaire a vu l’exploitation des différentes pistes de mobilisation numériques et une réappropriation de l’espace virtuel. 

Concrètement, le réseau de soutien du blogueur a publié un communiqué sur l’arrestation. Cette information a été relayée rapidement et sur une grande échelle par les blogs marocains et internationaux. 24 heures après, l’affaire s’internationalise, et plusieurs ONG nationales (OMDH et AMDH) internationelles s’intéressent au cas de Mohamed Erraji (Global Voices, RSF, Amnesty). Parallèlement, le comité de soutien a lancé un site dédié à l’affaire : www.helperraji.com

L’usage des réseaux sociaux, en premier lieu, Facebook était intense d’autant plus que déjà sur le réseau Maroc de ce site, ce sont plus de 80000 internautes sont inscrits. Plusieurs pages de soutien et de solidarité ont été crées «Free Moroccan Blogger Mohammed Erraji » avec plus 3800 inscrits. Ce groupe a eu le mérite de fédérer un grand nombre d’internautes, mais aussi compiler toute la production électroniques (photos, affiches, bannières, icônes) produites sur l’affaire. 

« L ‘exemple des sites hespress.com et de selwane sont des exemples très parlants. En l’espace de quelques mois, ces deux portails non institutionnels gérés par des “amateurs” ont pu s’ériger en source incontournable de l’information Maroc sur le web. Le cas de la blogosphère marocaine en est également une manifestation, sa capacité réactionnelle et proactive l’a transformé en média alternatif par excellence face au “marasme” des médias traditionnels», soutient le blogueur et cyber-miltant Othmane Boumaalif. 

Les médias, aussi bien électroniques, que traditionnels (radio, télé et presse écrite) ont joué un rôle capital pour adosser le soutien actif sur le réseau (blogs et réseaux sociaux). Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les résultats de recherche avec le mot clé « erraji » sur les deux principaux moteurs de recherche de la blogosphère Technorati et Blogsearch. 

« Le cyber-activisme devient ainsi une soupape générationnelle élucidant des changements sociétaux beaucoup plus profonds et nécessiterait à mon avis une réelle implication du milieu académique et une véritable analyse sociologique pour arriver à comprendre ses tenants et aboutissants », ajoute Othmane Boumaalif. 

Autant de preuves sur l’émergence d’une nouvelle forme d’activisme et de militantisme. Ces mécanismes de soutien sont appelés à être renforcés sous l’effet de la croissance exponentielle des internautes au Royaume. A titre indicatif, le Maroc compte aujourd’hui, plus de 600000 abonnés internet (dont 97% internet haut débit ADSL) et sept millions d’internautes. 

Le cyberactivisme a de beau jour devant au Maroc surtout que Google Earth est toujours censuré. Le flou de la politique des pouvoirs publics vis-à-vis de la liberté d’expression et de publication sur le réseau ne peut qu’appeler les internautes de redoubler de vigilance pour éviter tout dérapage ou nouvelle atteinte aux libertés numériques. 

Rachid Jankari

Pour en savoir plus : 

Groupe Mohamed Erraji sur Facebook

Le site officiel du soutien Helperraji.com

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